Oddbjørg REINTON © 2021


Je ne peins pas l’être, je peins le passage, écrivait un grand humaniste renaissant dans un pays alors à feu et à sang. Nous sommes dans une situation analogue, en pleine mutation, dans un monde à violence, à virus et à nature ou planète malmenée.
Cette citation, Oddbjorg Reinton pourrait la faire sienne. En témoignent
ces triptyques à supports décalés où des ours blanc marchent sur les lignes d’une toile à matelas, migrants involontaires liée aux activités humaines trop humaines. Les lignes en question, qui rappellent la prison, soulignent la réduction de leur territoire, les forçant à traverser des frontières, lesquelles se confondent symboliquement avec les limites des tableaux. L’ours n’est pas choisi au hasard : il est inscrit dans son prénom.
Ces animaux en voie de disparition, la peintre norvégienne en a fait l’un de ses motifs de prédilection, qu’il s‘agisse de baleines, d’ours polaires ou de gorilles, plus récemment
des poissons, victimes de la matière plastique. Ils incarnent en effet, et pas seulement eux, une peinture que l’on a longtemps considérés comme une espèce rare et en voie de disparition, avant de s’apercevoir que la vigilance paye, tant qu’il existera des êtres de bonne volonté, et des artistes, pour résister aux forces destructrices sans perspective ni lendemain. Les ours apparaissent le plus souvent dans le territoire polaire et donc nous proposent d’audacieux blancs sur blancs, avec parfois un brin de fourrure synthétique pour donner du relief. Inversement les gorilles, Afrique noire oblige, sont peints sur un fond sombre auquel ils se confondent, ce qui n’exclut pas l’emploi discret de la couleur. Il ne s’agit pas d’exotisme sauf à considérer que ce qui est évoqué c’est un monde perdu, on ne les trouve que suggéré : parqué dans des réserves ou dans des jardins d’acclimatation. Oddbjorg Reinton ne se limite pourtant pas aux grandes toiles à l’acrylique avec une prédilection pour le noir et le blanc. Elle recourt au papier, au collage, à la technique mixte incluant la couleur et même au texte, automatique comme si elle murmurait à l’oreille des animaux ou inversement comme si ces derniers esquissaient un dialogue avec l’homme.
Dans les grands tableaux en polyptiques, le dessin est certes présent dans la partie animalière mais l’on voit bien, au tachisme généreux, aux grandes plages monochromes, que l’artiste s’affirme en tant que peintre, et mêlant allègrement abstraction et figuration. C’est sa manière à elle de préserver la Peinture, quelle qu’en soit l’apparence. On a qualifié cette œuvre d’engagée pour la cause animale, et c’est une évidence liée aux origines scandinaves de l’artiste (la chasse à la baleine y est maintenue) mais l’art n’est pas question que d’engagement. Il y est question aussi de forme. Oddbjorg Reinton a su mettre en forme ses engagements. C’est pourquoi son travail interpelle et convainc. La cause animale, certes sincère, devient la métaphore d’une autre cause, celle de son Art, qui suppose une maîtrise de la forme qui apparaît chez elle comme une évidence.
BTN

Article
de Bernard Teulon-Nouailles | ArtVues, août-sept. 2021




Oddbjørg Reintonà la Maison des arts, E.A.C de Bédarieux


INVENT'AIR… Immédiatement j'ai entendu la chanson romantique de Frank Sinatra que chantait souvent mon père à ma mère...♪♪♫♪
« Fly me to the moon
Let me play among the stars
Let me see what spring is like on Jupiter and Mars... »
Visiblement ils avaient envie de s’éclipser pour vivre le printemps sur ces planètes-là...
Mais j'ai aussi entendu 99 Luftballons de NENA de 1983, une chanson très engagée contre la Guerre froide et le nucléaire, une chanson beaucoup plus sombre que j'ai écouté dans ma jeunesse...
Ma planète bleue est toujours bleue, mais l'air que nous respirons donne parfois envie de nous projeter vers d'autres univers. De plus elle est entourée de ballons en plastique. Vient alors la question de la responsabilité: au lieu de s'enfuir vers d'autres horizons et conquérir d'autres espaces en laissant nos déchets et dégâts derrière nous, j'ai laissé partir quelques abeilles vers Mars emportant leur cire avec eux. Tandis que le petit colibri migrateur a conquis la grande planète Jupiter. Ce n'est pas la puissance et la taille qui compte. Il est toujours en vol, mais ne pollue pas.
Quant aux ballons en caoutchouc lâchés dans l'air pendant des décennies (comme l’a fait aussi NENA dans le clip vidéo de l'époque), sans se soucier de la pollution que cela engendrait, je vais pour ma part me limiter à 50 ballons blancs en latex entourant la terre, en les laissant pratiquement tous dégonflés.  Je souhaite faire un clin d’œil à un certain nombre de règles et de prescriptions théoriques imposées aujourd'hui, avec ou sans le bon sens, en les respectant ou pas... Si, selon la réglementation - avec autorisation préfectorale -  le lâcher des ballons « biodégradables » peut se faire encore, il doit s’effectuer par groupe de 50 ballons maximum à la fois, et non reliés entre eux. Pour ma part je vais les relier entre eux pour qu’ils ne s’échappent pas, évidemment. Ils sont blancs évoquant ainsi la paix et la propreté. On respire et on reprend à zéro déchet. Réellement. 
Il y a la réglementation, et puis il y a la réalité. Mais petit à petit on y arrive! Ne lâchons rien !

INVENT'AIR donne des ailes, de l'espoir d'un nouvel espace de respiration et de vie - en restant ici.

INVENT'AIR…

Exposition collective

Fly Me to the Moon | 99 Luftballons

Ø 40 cm x 3 | 50 ballons dégonflés, 2021

La Terre, acrylique sur toile

Jupiter, acrylique et pigments sur toile

Mars, cire d'abeille, pigments de Salagou et lave volcanique sur toile

Du 01/10 au 26/11,
19, avenue Abbé Tarroux,
34600 Bédarieux

04 67 95 48 79

Du 1 octobre au 26 novembre 2021:

Coupez ! On recommence !  | Cut ! Let's reshoot !
Diptych, 100 x 100 cm x 2, acrylics, sand and plastic on canvases, 2021

Coupez ! On recommence ! Diptych, 100 x 100 cm x 2, acrylics, sand and plastic on canvases, 2021
ArtVues oct-nov 2021 | p 78