Oddbjørg REINTON © 2021

(...) La trame sensible de son travail enveloppe le devenir de la planète à travers les changements climatiques et les conséquences sur la nature et les espèces vivantes. Les œuvres sont essentiellement dédiées à la représentation de figures animales en voie de disparition, notamment les gorilles et les ours blancs. En 2007 elle a eu l’occasion d'exposer son travail sur les ours blancs au Palais de la Découverte à Paris, en participant à la manifestation «Aventures aux pôles, vers un réchauffement climatique», dans le cadre de l’année internationale polaire.
Ses œuvres, qui se partagent entre dessins et toiles peintes, sont également dédiées aux éléphants, aux baleines, aux tortues de mer, mais surtout aux gorilles, auxquels elle rend hommage. Or, Reinton n’est en rien un peintre animalier.
Les animaux y sont des personnes. Chacun est moins saisi comme le représentant d’une espèce qu’il n’est le modèle hautement individué d’une humeur, d’une sensibilité, d’un état d’âme, toutes choses indiquées dans un art du portrait où la posture est à la fois physique et morale.
Dans la peinture de Reinton, la matière occupe une grande place, au sens propre. A la toile de lin ou de coton, ou à la peinture acrylique, l’artiste mêle en effet des objets qui entrent dans la composition figurative des tableaux. La fourrure des ours ou des gorilles est parfois vraiment de la fourrure (synthétique) collée sur la toile.
L’artiste est très sensible aux changements climatiques et aux conséquences pour la nature et les espèces : «Les animaux qui m’inspirent ont tous leur précarité en commun. Espèces rares en voie de disparition, espèces protégées encore vivantes inconscientes des dangers, dans une nature toujours aux apparences protectrices. Il ne s’agit pas de représenter l’univers animal, mais au contraire de parler de notre suprématie qui repose sur la destruction de l’autre.»
Le travail d’Oddbjørg Reinton est une histoire d’oppositions répétées. De pôles extrêmes, de noir et de blanc, de présence et d’absence. L’hémisphère Sud et l’hémisphère Nord, le gorille et l’ours blanc. Selon l’artiste, inclure les animaux dans le champ du tableau, c’est à la fois les protéger et symboliquement les multiplier.

Christine Mirgalet, IUFM | Nîmes, 2011