Ce projet d'exposition a constitué pour moi une excellente occasion pour faire resurgir des souvenirs presque effacées; marcher à reculons dans mes propres sentiers; chercher des raisons et des liens, et surtout, elle a suscité tout un questionnement: Comment les histoires et les contes de fées de mon enfance ont-ils influencé mon travail et ce que je suis?
J'ai peint trois tableaux pour cette exposition dont les points de départ ont été trois éléments visuels dont je me souvenais particulièrement bien, et qui, indéniablement, avaient  laissé des empreintes - des flashbacks, bons et/ou mauvais- et avaient contribué à me construire ...
 

Les trois sources d'inspiration sont:
 
-  Rango, un film Super 8 (avec l'image sur la boîte de la bobine) de Merian Caldwell Cooper et Ernest Beaumont Schoedsack en 1931, distribué par Castle Films, à New York
 
- Fidèle et Infidèle de Birger Moss Johnsen. L'illustration sur la couverture du livre de Asbjørnsen et Moe: Contes pour enfants, publié par N.W. Damm & Son - Oslo, 1948
 
- L'Arche de Noé de Gösta Geerd. Illustration sur la couverture de Mitt Skattkammer No. 5 (une collection de contes pour enfants en 12 volumes), publié par Teknisk Forlag, Oslo, 1956
 

Étape par étape, et en toute liberté, j'ai peint des suites où chaque étape du processus représente une nouvelle approche, inclue un élément nouveau et / ou en efface d'autres, et enfin modifie l'appréhension de l'espace-temps. Les toiles représentent une forme de voyage dans mes propres souvenirs, me projetant en arrière et en avant dans ma mémoire, et deviennent des lieux où mon imaginaire et mes expériences réelles s'unissent.
 
La vie est en grande partie un processus de perceptions, et c'est ce que j'ai voulu donner à voir avec ce travail. Même ce qui au premier abord semble être immuable, change et évolue. C'est particulièrement vrai pour des contes qui traditionnellement ont été transmis et transformé à l'oral; de bouche à oreille, de mère/père en fils, de génération en génération. Les contes sont ainsi des déclencheurs d'imagination par excellence. C'est ce mécanisme magique de transmission, d'interprétation et de transformation que j'ai tenté de matérialiser.
 
Si l'expression picturale prime dans mon travail,  le son est un élément sous-jacent important associé à mes souvenirs visuels. On utilise souvent des mots qui font références au son lorsqu'on désigne des formes et des couleurs: elles crient, nous parlent, sont muettes  ou calmes...Rango était un film muet. Et pourtant je l’entendais aussi. Non seulement le projecteur émettait son ronronnement caractéristique en bruit de fond, mais les images émettaient également en moi des sons, voire des cris!
Lors de la lecture de contes au coucher du lit, c'était important pour moi de regarder leurs illustrations. Ils servaient de tremplin pour voir le "film" au moment de la lecture et se prolongeaient ou se projetaient vers d'autres histoires imaginaires. Ces "films" étaient aussi accompagnés de sons variables. Si ma mère et mon père lisaient les mêmes histoires, ils ne racontaient pourtant pas les mêmes au final.
 
A mon tour j'ai fait découvrir à mes enfants des contes dont certains étaient forcément norvégiens, ainsi que des programmes de la télévision norvégienne destinés aux enfants de leur génération mais aussi ceux que je regardais à leur âge, devenus aujourd'hui mythiques en Norvège. Le fait est que lorsque j'ai demandé à mon fils aîné de créer un montage à partir de photos prises successivement au cours du processus de création des tableaux en devenir, il a immédiatement suggéré d’ajouter une bande son. Il «entendait» les images qui réveillaient en lui des souvenirs ou des associations d'idées, parfois composés d’impressions stéréotypées qu'il a retenues ou qui se sont forgés en lui. Cette fois-ci il s'agit de ses interprétations qui peuvent parfois différer de mes  premières intentions. Il s'agit encore une fois d'une nouvelle approche dans le processus de transfert. Mon fils a parfois souligné, dramatisé ou minimisé des éléments qui ne sont pas nécessairement perçus comme tels par moi ...Si mon travail soulève des problématiques sérieuses de prime abord, j'ai souvent recours à l'humour sous-jacent- frôlant parfois le cynisme. Il a perçu ces éléments et a souligné par le son des points de basculement où des émotions contraires pouvant se rencontrer; le rire et les larmes, la joie et la tristesse, la confiance et l'angoisse...
 
Ce sont bien sûr les dernières étapes des tableaux "finis" qui sont visibles à celui qui regarde. Cependant, les étapes successivement recouvertes et modifiées peuvent avoir autant d'importance dans le processus. A l'image de nos souvenirs qui s'effacent et se modifient dans nos mémoires les étapes nous ont construit et ils nous constituent à part entière. Certains moments restent clairs et palpables, d'autres disparaissent au loin.. Mais malgré ces couches minces qui nous empêchent de distinguer tous les éléments, on sait qu'ils sont là; condensés comme sur un disque dure, où le temps et l'espace s'entremêlent et s'ordonnent à la fois.        
 
Et enfin: La démarche est également le reflet des conditions de travail de nombreux artistes dans l'histoire: peindre un nouveau tableau sur un tableau déjà peint n'était pas rare - et ne l'est toujours pas pour certains. Faute de moyens de nombreux grands artistes n'avaient pas forcément accès à une nouvelle toile vierge et passaient par le "recyclage" dune toile qu'ils n’avaient pas vendu ou qu'ils considéraient comme mauvaise.
L’élaboration des étapes de chaque tableau a évolué de façon assez spontanée et naturelle. A l'écoute de mon passé et mon parcours artistique j'ai retracé mon travail en découvrant des liens que j'ignorais jusque là. Les trois tableaux représentent par là des sortes de synthèses, comme le résumé d'un livre.
C'est pourquoi j'ai choisi de photographier les différentes étapes avant de les voiler et les rendre invisibles à l’œil nu ; non seulement cela m'a permis de visualiser le processus et de garder des traces virtuelles, témoignage de ce qui reste bien réel malgré la disparition apparente, à l'image de notre mémoire qui s'efface, qui s'oublie et même se dénie parfois.., mais cela m'a aussi permis de les utiliser comme des accroches-mémoire visuelles ou des hashtags, pour choisir par ailleurs d'autres œuvres pour cette exposition.
Ainsi les  œuvres présentées sont de différentes périodes, et permettent de matérialiser le fil conducteur de mon travail depuis déjà 30 ans.
 
 
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Oddbjørg REINTON
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